La maquette d’une maison à pans de bois de Vannes, issue des collections de la Ville, est présentée à Limur. Elle appartient à un ensemble de maquettes en carton réalisées par Georges David, Vannetais, aujourd’hui décédé.
Afin d’en assurer la conservation, une rotation est effectuée tous les deux ans au CIAP Limur. Depuis début mars, une nouvelle maquette a ainsi remplacé la précédente, après l’intervention préalable de Marie-Cécile Cusson, conservatrice-restauratrice de l’Atelier régional de restauration.
L’occasion de s’intéresser à son métier, exigeant, animé par la passion de «réparer», mais qui rappelle aussi la fragilité des objets…
Présentez-nous votre métier ?
Je suis conservatrice-restauratrice d’œuvres et d’éléments mobiliers. Je travaille à la fois pour les musées et pour les monuments historiques, et ponctuellement pour des particuliers.
La conservation est indispensable : elle constitue l’étape préalable à toute restauration. Il faut s’assurer que, du point de vue des matériaux, la conservation est garantie et durable.
On se présente souvent comme « restaurateur » par facilité. L’usage de l’expression « conservateur-restaurateur » n’est pas encore totalement entré dans les habitudes. Cependant, ces dernières années, il y a eu une évolution, avec une véritable prise de conscience qu’il s’agit d’un métier à part entière.
En quoi était-ce nécessaire d’intervenir sur la maquette, aujourd’hui ?

La maquette a subi, au fil du temps, quelques outrages.
La base est constituée d’une structure en bois. L’ensemble est ensuite monté sur une structure en carton, le plus souvent clouée à cette base en bois. On trouve également des éléments collés, qui ont mal vieilli, ce qui explique qu’il faille parfois reprendre certains assemblages.
Les matériaux utilisés sont le carton, le papier, le verre, ainsi que du plastique comme le rhodoïd, probablement ajouté plus tard pour remplacer des carreaux de fenêtres manquants. Cela constitue l’essentiel de la maquette.
Il s’agit de matériaux relativement fragiles, susceptibles d’être colonisés par des insectes ou par des moisissures. Il a donc été nécessaire de réaliser un traitement de fond, un traitement de conservation. Par ailleurs, certaines zones présentaient des fragilités, avec des papiers qui se décollaient.
Toutes les étapes de la conservation visent à pérenniser l’œuvre en enrayant les altérations qu’elle subit afin d’éviter que l’objet ne se dégrade davantage. Par exemple, j’ai pu retirer certains matériaux indésirables qui avaient mal vieilli, comme du scotch ou des pointes correspondant à des consolidations maladroites mais qui n’avaient plus vraiment lieu d’être. Les éléments métalliques peuvent en effet provoquer des auréoles de rouille. L’intervention consiste donc à préserver l’œuvre dans sa matérialité.
Est-ce qu’il peut vous arriver de recréer un motif, une fenêtre ?
Oui. Si l’on dispose d’un document historiographique, d’un modèle et que cela correspond à l’esthétique générale de l’œuvre, il est possible d’intervenir.

Dans le cas de cette maison, par exemple, certains petits bois manquent sur les fenêtres. Comme on peut en observer le modèle sur les fenêtres voisines, il est envisageable de les refaire.
La question s’est également posée pour les souches de cheminées. Sur les quatre souches d’origine regroupées, il n’en reste plus qu’une. On peut donc se demander s’il est pertinent de reconstituer les trois manquantes. Nous en avons discuté avec Claire Lainé : il n’existe aucun document ancien de la maquette qui permettrait de voir à quoi ressemblait ce groupe de souches à l’origine. Nous allons donc devoir nous appuyer sur des photographies de la maison réelle. L’absence de ces souches de cheminées peut en effet être un peu gênante pour la lecture de la maquette. Cette intervention est d’autant plus envisageable qu’elle serait réversible et soigneusement documentée. L’objectif est dans ce cas précis, de se rapprocher le plus possible de l’aspect d’origine de l’œuvre.
Est-ce que tous les objets peuvent être restaurés ?
Alors, j’aurais tendance à dire oui. De nombreux objets remontés du Titanic ont été restaurés par exemple. Ce ne sont pourtant pas des œuvres à proprement parler mais ils peuvent tout de même faire l’objet d’une restauration.
Certains collègues travaillent sur du patrimoine industriel, sur des machines ou encore sur des objets du quotidien — une assiette, un verre, une fourchette — notamment pour des écomusées.
Cette maison ressemble à une grande maison de poupée. Est-ce que, une fois restaurée, on peut la toucher ?
En ce qui nous concerne, nous déconseillons fortement de toucher. Cela peut sembler anodin, mais lorsque l’on touche un objet, on a l’impression qu’il ne se passe rien. Pourtant, dans certains cas, on peut toucher une zone fragile, sensible.
Ici, il s’agit de matériaux qui ont notamment la capacité d’absorber les graisses. Si tout le monde touche un peu au même endroit, une tache peut finir par apparaître. C’est pour cette raison que les personnes qui manipulent des documents en papier portent des gants.
D’ailleurs, des statues qui sont touchées trop régulièrement finissent par présenter une usure.
Qu’est-ce qui fait que vous êtes devenue conservatrice-restauratrice ?
C’est très personnel. Depuis toute petite, j’ai toujours bricolé. Je fabriquais des choses mais j’aimais surtout réparer. Au départ, je voulais devenir chirurgienne. Aujourd’hui encore, il y a cette idée de redonner vie. J’éprouve aussi un vrai plaisir à travailler la matière et à trouver des solutions pour réparer ou restaurer.
Au fur et à mesure de ma formation, je me suis rendu compte que le travail du volume était quelque chose qui me plaisait beaucoup. Je me suis donc spécialisée davantage dans la sculpture.
Et pour finir, est-ce un métier que vous conseilleriez à des jeunes gens ?
Pour être tout à fait honnête, les conditions économiques ne sont pas faciles. La plupart de mes collègues sont indépendants et le statut de salarié est rare. Heureusement, lorsque l’on travaille par exemple avec des musées, des accords-cadre peuvent se mettre en place, ce qui permet d’avoir du travail sur plusieurs années.
Malgré cela, ce n’est pas un métier si simple à exercer. Nous avons suivi au moins cinq années d’études, ce qui signifie que nous avons acquis une véritable capacité d’analyse, des compétences et un savoir-faire. Le métier de restaurateur est aujourd’hui présenté comme un métier extraordinaire – et c’est vrai que c’en est un. Il fait beaucoup rêver mais il n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur.
Structure associative créée en 1984 à l’initiative de l’association Buhez (regroupement de musées bretons), l’Atelier Régional de Restauration (ARR) est installé au domaine de Kerguéhennec à Bignan. Il œuvre à la préservation et à la valorisation du patrimoine mobilier, principalement en Bretagne. Spécialisé dans les œuvres sculptées et éléments mobiliers, il intervient sur des objets de musées, protégés ou non, publics ou privés, aux supports variés (bois, pierre, plâtre, terre cuite, etc.).
L’ARR réalise études, diagnostics et opérations de conservation-restauration, et mène des actions de formation et de sensibilisation (accueil d’étudiants, stages, expositions, visites).
C’est le seul atelier de restauration de sculptures en Bretagne doté d’une équipe permanente de restaurateurs diplômés.
